Sunday, November 25, 2007

L’existence humaine comme voyage entre la vie et la mort


 L’existence humaine se déroulant dès toujours dans l’inévitabilité de deux moments, de la naissance et de la mort, entre lesquels on peut tracer une ligne étroite, un ‘chemin’, la perception de la vie comme voyage n’est pas une invention proustienne. On la rencontre déjà dans L’Odyssée, œuvre fondamentale de la littérature occidentale, dans Gargantua et Pantagruel, le grand roman du français médiéval, ensuite dans Candide et dans toute la série des romans picaresques dont Don Quichotte représente la parodie, aussi bien que dans les pèlerinages romantiques de Childe Harold et de René, les héros de Byron et Chateaubriand et les tribulations de Fabrice del Dongo, le fameux anti-héros stendhalien. On y voit en effet toute une tradition littéraire occidentale envisageant l’existence humaine se déroulant sous le signe d’Hermès, l’ancien dieu grec des chemins et des voyages, pour n’en compter pas que le voyage est au fond le sujet de toute épopée originaire, de Gilgamesh à Ramayana.

 

Cependant c’est Proust qui englobant toute cette longue tradition parvient à en trouver une nouvelle tournure, bâtant son œuvre à travers un minutieux réseau de voyages en chemin de fer entre les pôles centraux de son long roman : Combray, Paris, Balbec. Nouvelle dimension du voyage en général, le voyage en chemin de fer prend une connotation spéciale chez Proust, à travers l’antithèse y incarnée entre le progrès de la science et l’aliénation de l’individu. Représentation de la vie par la grande diversité de tableaux de la vie quotidienne qu’on y surprend et par les différentes expériences auxquelles elle donne occasion, le voyage en train semble symboliser la vie dans toute sa totalité. Empruntant un peu de l’imaginaire de Zola, le chemin de fer est à la même fois le symbole de la mort, un départ suggérant toujours une petite tragédie, une absence et qu’est-ce que la mort sinon une absence éternelle ?

Le chemin de fer se trouve converti ainsi dans l’incarnation du destin, parce qu’il ne suffit qu’une petite tournure de la voie ferrée pour que le narrateur se trouve soit face au lever de soleil, soit au paysage nocturne, de la même manière soudaine et incontrôlable dont l’être humain se trouve parfois plein d’optimisme et de joie de vivre, parfois noyé dans la tristesse et le plus noir désespoir. 

              A travers ces tableaux tridimensionnels, Marcel Proust réinvente l’ancien concept de la vie-voyage en lui donnant des nouvelles et inédites interprétations, démontrant au même temps le loisir avec lequel un grand génie littéraire peut trouver des moyens toujours frais de discuter des thèmes antiques comme le destin humain. On a souvent remarqué que l’originalité de Proust réside dans son style, dans sa manière révolutionnaire d’écrire, dans son inépuisable capacité de trouver les formules les plus inattendues et éclatantes pour exprimer des faits tout à fait banals. Mais sa grande œuvre, A la recherche du temps perdu trahit aussi sa préoccupation ininterrompue de trouver non pas seulement la forme, mais aussi le sens, le sens de l’existence. C’est sans doute cette préoccupation qui l’a conduit vers les conclusions finales de son long roman, celles de la mémoire comme lien entre passé, présent et futur et de l’existence humaine comme voyage oscillatoire et incertain entre les certitudes de la vie et de la mort.

 

Posted by Klara at 08:14:05
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One Response to “L’existence humaine comme voyage entre la vie et la mort”

  1. I respect your work,it is the most nice one i ever see

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